S’engager (pour plus de tolérance ?) dans la Réserve Citoyenne…

…qui réunit déjà plus de 5 000 personnes prêtes à intervenir pour promouvoir les valeurs de la République dans les écoles, collèges et lycées.

Jeudi 3 décembre, soirée d’accueil pour l’Académie de Paris dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, présidée par la Ministre de l’Education Nationale.

Edgar Morin nous a fait l’honneur de témoigner de son engagement de « optipessimiste » : […] même dans les périodes de régression, le futur n’est pas décidé et des forces nouvelles et créatrices peuvent jaillir […].

Arno Klarsfeld a rappelé le rôle positif que des Français ont joué pour sauver des Juifs en France durant la seconde guerre mondiale.

Un directeur d’école maternelle (oui, ça existe *) a évoqué comment la parole d’experts peut aider à fédérer autour d’un langage commun enfants, parents et enseignants sur la laïcité.

Une proviseure de lycée professionnel (ça existe aussi *) nous a fait part de la demande de débats, de clés de compréhension de la société et de réponses à leurs questions de ses élèves.

Comme dans la plupart des colloques, le temps réservé aux questions de la salle s’est transformé en une succession de prises de position individuelles ; disons que la vigueur des débats traduisait le fort niveau d’engagement des participants, encouragés dans leur passion par le lieu ; dans une assemblée en moyenne plutôt âgée, c’est un jeune homme qui a appelé à plus d’écoute et de modération.

Un des sujets qui m’avait le plus marqué en classe de philosophie « l’engagement est-il compatible avec la tolérance ? » reste d’actualité.

réserve citoyenne

Vous souhaitez en savoir plus ou vous engager ?

http://www.lareservecitoyenne.fr/

Les interventions se feront sur demande des enseignants dans le cadre d’un projet pédagogique et après un temps préalable de prise de connaissance et de préparation.

* Statistiques enseignants par sexe en 2015 (source INSEE)

1er degré public : 82,6% femmes

2ème degré public : 58,2% femmes

Lycées professionnels : 49,5% femmes

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=nattef07115

Absence de mixité = danger ? 3ème partie l’enseignement

Deux sujets font polémique : l’éventuelle dévalorisation du métier d’enseignant et l’impact de l’absence de mixité du corps enseignant.

La parité dans le corps enseignant date des années 60. Depuis, ce ne sont pas uniquement les femmes qui ont massivement choisi ce métier, ce sont aussi les hommes qui l’ont fui.

Pourtant, dire que féminisation = dévalorisation, c’est oublier l’importante croissance du nombre total d’enseignants : quand tous les enfants vont en 6ème au lieu de s’arrêter au niveau du certificat d’études, quand l’obligation scolaire passe de 14 à 16 ans, quand 80% d’une classe d’âge est supposée arriver en Terminale, il faut beaucoup plus de professeurs que quand 2% d’une classe d’âge passe le bac !

Concernant l’impact de l’excessive féminisation du corps enseignant sur la réussite scolaire différenciée des filles et des garçons, je me permets de citer ici un large extrait de l’intervention de Jean-Louis Auduc.

Teacher and student

[…] Les différences d’identification des femmes : métiers « visibles », métiers « invisibles »

Notre société doit s’interroger sur le fait qu’aujourd’hui , entre 2 et 18 ans, les jeunes ne vont rencontrer pour travailler avec eux que des femmes : professeurs ( 80,3% de femmes dans le premier degré ; 57,2% de femmes dans le second degré, BTS et classes prépas inclus), chefs d’établissements, assistantes sociales, infirmières, médecins généralistes, employées de préfecture ou de mairie, voire juges, tous ces métiers sont très majoritairement féminins. Au fond, les seuls métiers masculins de proximité sont les policiers…

On peut penser que les filles se dirigent plus spontanément vers des métiers identifiés pendant la scolarité, visibles pendant le déroulement de celle–ci et qu’elles ont des difficultés à se diriger vers des métiers invisibles. Si l’employée de mairie ou de préfecture est une femme, généralement le secrétaire général de la mairie ou de la préfecture est un homme, mais ceux-là le public ne les voit jamais…

Enseignants, assistants sociales, médecins, infirmières sont des métiers vus pendant la   scolarité auxquels les filles peuvent s’identifier et qui peuvent donner pour y parvenir du sens à leurs études et jouer un rôle important dans leur motivation. Elles construisent donc un cursus scolaire adapté au métier choisi.

A l’inverse, les garçons se projetant peu vers l’avenir ne s’identifient pas à des métiers. Ils ne trouvent pas dans leur environnement de métiers masculins visibles dans lesquels ils peuvent s’identifier. Cette situation peut entraîner un fort décrochage scolaire masculin vers 15/16 ans qui n’existe absolument pas chez les filles.

Les seuls garçons qui « surnagent », en proportion bien moins importante que les filles, sont les garçons qui font le choix d’aller le plus loin possible dans l’école sans se préoccuper d’un métier à priori identifié. Ils « trustent » les écoles qui ne conduisent pas à un métier précis, mais ouvrent des portes. Ils sont en moins grand nombre que les filles, mais ayant franchi la question de la « visibilité » de l’emploi, ils sont prêts à occuper les emplois « invisibles » de cadres ou de « managers ».[…]

Sources

Poignant Raymond. La planification de l’expansion de l’enseignement en France.In: Tiers-Monde. 1960, tome 1 n°1-2. La planification de l’éducation et ses facteurs économiques et sociaux. Colloque international de Paris (9-18 décembre 1959) pp. 208-220. doi : 10.3406/tiers.1960.1199

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040-7356_1960_num_1_1_1199

Filles et garçons dans le système éducatif français, une fracture sexuée par Jean-Louis Auduc (ancien directeur IUFM Créteil)

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/pages/130307fillesetgarconssysteducfr.aspx

par fjarraud , le mardi 13 mars 2007.