L’égalité, jusqu’où ? Que tolérance et respect président à nos débats, sans abandonner nos engagements.

Les sujets de société en discussion sont souvent liés à des conceptions différentes des rôles des femmes et des hommes :

  • Les sigles PMA, GPA, IVG, nous sont devenus familiers – pas forcément les notions qu’ils recouvrent et leurs implications. Ils ont été très présents dans l’actualité en 2016 et le seront sans doute encore en 2017.
  • Le port de signes religieux, formule générale censée regrouper toutes les religions et leurs différentes manifestations visibles. Ou le port du voile ou d’autres tenues couvrant les cheveux ou le corps et qui dans ce cas ne concernent que la moitié de la population humaine, les femmes.
  • Violences subies et violences portées : les femmes victimes mais aussi les femmes violentes, que ce soit dans la montée de la délinquance chez les adolescentes ou le tabou des violences conjugales concernant les hommes.

Tous ces sujets sont complexes. Ils ne s’expriment pas en 140 caractères. Ils concernent chacun de nous, ils viennent nous chercher au plus profond : convictions, opinions, croyances, histoire personnelle, racines familiales, vision de la société. Ils méritent plus que des postures pour gagner des voix ; ou pour choquer et paraître / rester dans l’actualité ; ou pour démolir l’adversaire à coup de contre-vérités ou d’approximations.

 Pour conclure dans ce 5ème et dernier article d’une série consacrée à l’égalité pour passer de 2016 à 2017, souhaitons que tolérance et respect président à nos débats, sans abandonner nos engagements. Souhaitons que le partage de valeurs communes  – et pourquoi pas liberté, égalité, fraternité – l’emporte sur nos différences. Sachons trouver des règles de vie en société qui nous fassent progresser. C’est tout ce que j’espère avec vous pour 2017.

egalite-entre-femmes-et-hommes

 

C’est quoi réussir un événement ? Combien de « bataillons » pour l’égalité ?

Jouer de la musique n’est pas qu’une question de notes et de rythme disait notre chef de chœur. L’amateur se croit au bout de ses peines quand il a réussi à chanter (ou jouer) sans fausse note et en rythme : il en oublie que la musique c’est aussi l’interprétation – les nuances, le timbre, les variations de rythme….

Pour l’organisateur d’événement, le succès se résume souvent au nombre de personnes dans la salle et au « bon déroulement » – dans le sens où les intervenants réalisent leur prestation de manière conforme. Les vraies questions à se poser sont autrement plus difficiles : quelles sont les cibles de cet événement ? Comment les faire venir ? Quelles sont leurs attentes ? Comment y répondre ? Et pour moi organisateur, quel est mon réel objectif ? A quoi me sert cet événement ?

En effet, sur chaque thème – dont celui de l’égalité ou de la diversité – de nombreux événements sont organisés par de nombreux acteurs : n’est-ce pas trop ?

Quand on voit les efforts déployés et les résultats obtenus, la question est légitime.

  • Multiplication des messages d’invitation et de relance, jusqu’à la veille ou au jour de l’événement
  • Salles clairsemées, badges préparés et restant dans leurs casiers…
  • Taux d’absence s’élevant couramment à 30% des inscrits, encore plus quand il n’y a pas de participation financière.
  • Salle remplie en grande partie par les différents intervenants aux tables rondes qui se succèdent – et ne sont jamais rondes !

Stop !

Mais alors que faire ? Quand chaque projet financé par l’Europe doit presque toujours comprendre un volet de communication. Quand le faire-savoir compte pour diffuser le savoir-faire….

Quelques proposition en vrac

 Unir nos forces 

De plus en plus d’événements sont co-organisés et c’est une bonne chose. On peut sans doute aller plus loin par une coordination plus en amont : quels thèmes en 2017 ? Quels chefs de file ? Cela est plus particulièrement vrai en région Ile de France – où le national et le local se confondent, où la dimension régionale est moins perceptible. Cela devient un défi dans les nouvelles régions plus grandes, où les réseaux d’acteurs seront plus dispersés et plus nombreux. Se rencontrer et partager les projets d’événements éviteraient des « embouteillages » autour des dates fatidiques, toujours les mêmes : on évite l’été, le mois de mai, les périodes de vacances scolaires, les lundis et vendredis…. ; on s’appuie sur les journées et les semaines de célébration – qui elles-mêmes se multiplient : 8 mars pour les femmes, semaine de l’emploi des personnes handicapées, …

Elargir le public touché

D’un colloque à l’autre, on rencontre souvent les mêmes personnes : managers de la diversité, membres de réseaux et associations, militants dans le bon sens du terme de l’égalité ou de la diversité, universitaires spécialistes, consultants en recherche de clients,…

On est frappé du nombre de fois où le public visé n’est pas présent : ceux qui sont dans la salle sont déjà convaincus. Comment atteindre les autres ?

Utiliser d’autres moyens que la réunion physique

Je défends dans un article précédent l’importance des rencontres réelles. Ce n’est pas contradictoire avec la sensation que le colloque avec unité de lieu et de temps est parfois dépassé. Certes, la retransmission existe, des « Apps » permettent le direct, des actes sont ensuite publiés, les « Webinar » et autres « chats » se développent. L’imagination devient plus que jamais nécessaire pour (re)dynamiser l’animation de sujets si importants pour l’avenir.

Unir nos forces

Unir nos forces

Quelques exemples non exhaustifs d’événements tenus en 2016 en Ile de France (nationaux ou régionaux).

  • CSEP colloque sur le sexisme au travail le 11 février
  • OCDE table ronde sur les femmes dans le numérique le 7 mars
  • ANDRH et Région IDF petit déjeuner sur l’égalité professionnelle le 8 mars
  • FACE et Direccte conférence sur un projet de mixité des métiers le 10 mars
  • Réunion du réseau Accent sur Elles le 10 mars
  • Colloque du Projet Network Discrim le 4 avril
  • Colloque AFMD sur la Diversité dans les Achats le 16 juin
  • Soirée Trajectoires HEC au Féminin le 25 octobre
  • Colloque annuel de l’association Femmes & Sciences le 5 novembre
  • 100 ans d’HEChf le 17 novembre
  • AFMD Trophées de la Diversité le 6 décembre
  • Journée référents racisme et antisémitisme du MENESR le 7 décembre
  • Séminaire Plan d’actions concertées Ile de France coordonné par l’ARACT le 13 décembre

 

Réconcilier égalité et diversité…

…et reconnaître que l’identité de chacun est plus complexe qu’une segmentation en critères.

Depuis les 3 articles publiés ici en octobre 2013 est parue une étude de la DARES sur 80 accords Diversité dont je me permets de citer un large extrait de la conclusion, tant ce texte d’Hélène Garner et Magali Recoules me semble éclairer le débat. Qu’elles en soient remerciées.

« La question de la place de l’égalité professionnelle et de son « intérêt » à être intégrée (voire diluée pour certains) dans la diversité fait l’objet de débats dans le monde académique (Laufer, 2009 ; Sénac, 2011).

Ces débats renvoient notamment à la question des objectifs des politiques d’égalité professionnelle versus ceux des politiques de diversité et aux risques qui pourraient être associés à un recouvrement du genre sous la bannière diversité (dilution, abandon de l’approche intégrée, et valorisation des qualités dites féminines conduisant à renforcer les stéréotypes).

A l’issue de l’analyse des 80 accords diversité, la réponse est claire : l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes n’est pas une composante périphérique des accords diversité, elle en est plutôt la composante centrale, voire unique. L’égalité entre les femmes et les hommes s’inscrit parfaitement dans cette logique d’égalité des chances qui prévaut dans la diversité.

Par contre il n’est pas évident qu’elle gagne à y être intégrée (Laufer, 2009). Les accords diversité ne présentent pas une approche intégrée de l’égalité entre les hommes et les femmes (logique de mainstreaming) mais ils en font un composant à part ; l’égalité entre les femmes et les hommes semble être dans ces accords une diversité comme les autres et, même si elle est mieux outillée que les autres composants, son caractère universel ne transparait pas.

Les accords sont tous construits sur une approche isolée des composants, le sexe en étant une parmi d’autres, sans que la question des effets cumulés de ceux-ci (renvoyant à l’identité plurielle des individus) ne soit posée. Aucun accord n’aborde par exemple la question du cumul des critères qui renvoie à des logiques d’inégalités spécifiques. Ainsi, la question des femmes d’origine étrangère ou des femmes seniors ne peut être traitée dans des accords qui découpent l’identité des individus par dimension, dimension qui ne correspond qu’à une partie de leur identité.

Ceci renvoie à une réflexion plus large, mais qui doit être menée conjointement à celle sur la diversité, sur l’identité des individus et la manière dont doivent être ou non prises en compte leurs multiples dimensions dans le cadre professionnel. »

© DARES – Hélène Garner, Magali Recoules. Document d’études N°182 – Juin 2014 – Égalité, diversité, discrimination : Étude de 80 accords d’entreprise sur la diversité. Extrait de la conclusion page 47

Téléchargeable sur :

travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/Etude_accords_diversite.pdf

20 critères discrimination

Chiffres, mesures, évaluations, au-delà du comment, ne pas oublier le pourquoi !

Quantifier l’égalité, ce colloque de clôture du projet NetWORK DISCRIM vient opportunément nous inciter à une réflexion préalable à toute analyse des chiffres.

En vue de plus d’égalité entre les femmes et les hommes, on cherche à comprendre leurs situations respectives. Avant même d’interpréter les données et de les faire « parler » – tout en ayant à l’esprit leur mode de recueil – on se doit d’être au clair sur les concepts manipulés.

Mme Mieke Verloo de Radboud Universiteit a rappelé en introduction du colloque qu’il faut d’abord savoir ce qu’on cherche à savoir, et comprendre ce qu’on mesure avant de le mesurer.

Je l’illustre parfois ainsi : inutile de discuter sans fin de la taille des mailles du filet si le bassin dans lequel on pêche ne contient pas les poissons qu’on recherche !

Puis Mme Mieke Verloo a reprécisé que la notion de genre était :

  • Multi-dimensionnelle : on peut l’utiliser en économie, sociologie, politique, santé ou à propos d’identités, de normes, de comportements, d’expériences, pour ne citer que quelques-unes de ces dimensions.
  • Dynamique et non statique : évoluant à travers les époques et les lieux.
  • Croisée avec d’autres catégories : âge, origine, classe sociale par exemple.
Mann und Frau auf Waage.Symbol für Gleichheit

                                           quantifier l’égalité

Dans un billet précédent, j’évoquais le risque que l’outil de communication ne vienne escamoter la réflexion sur le contenu du message : à qui je m’adresse, dans quel but, comment le dire etc… Le danger est similaire dans la collecte puis l’interprétation des données.

 

 

Egal ne veut pas dire semblable

La confusion est fréquente entre égalité et similitude.

En mathématiques, la distinction est faite entre ces deux notions. Par exemple ½ = 0,5 ces deux nombres sont égaux et ne sont pas similaires car ils se présentent sous des formes différentes, une fraction pour l’un, un nombre décimal pour l’autre.

egalite similitude

Affirmer l’égalité entre les femmes et les hommes, ce n’est pas nier leurs différences.

C’est affirmer par exemple que toutes les différences constatées de situations ou de comportements ne sont pas dues à des différences biologiques ou qualifiées de « naturelles ». Et donc que certaines de ces différences de situation peuvent et doivent être combattues, pour rétablir une égalité réelle.

Vos commentaires sur ce sujet sont bienvenus, en particulier si vous êtes linguiste, mathématicien ou expert en égalité ou des discriminations.

Similitude

Racine indoeuropéenne « sem » = un ; désigne identité, unité et unicité

Egalité

Du latin aequus = uni, plan, horizontal, égal

Source : dictionnaire étymologique du français de Jacqueline Picoche éditions Le Robert 1992

 

Optimisme et ouverture, les vœux d’Isotélie pour 2016

un état d’esprit volontairement positif pour des temps difficiles. Après les A en 2015, les E en 2009 et les I en 2011, je vous propose donc les O pour 2016 avec Optimisme et Ouverture, mais aussi Opportunité ou Originalité.

nuage des ONous avons en projet pour 2016 une étude comparative des différentes formes de « sponsoring » sur le thème des femmes : prix, études, bourses, colloques…comme le prix scientifique L’Oréal-l’Unesco, le colloque du Women’s Forum, le prix Trajectoires HEC ou ceux des femmes architecte, entrepreneur, de l’assurance, les études de GEF ou de l’IMS, l’ONG Catalyst, les bourses de l’AFFDU etc…

Parmi les questions :

  • Quels sont les thèmes choisis dans ces actions ?
  • Quels liens avec l’activité de la structure sponsor ?
  • Quelle est la forme du sponsoring choisi ?
  • Quels sont les objectifs recherchés ?

Si vous êtes intéressés à participer à cette étude, dites-le nous à contact@isotelie.com ou au 01 47 26 06 41

Quelques sujets évoqués dans ce blog en 2015 :

  • Femmes à l’honneur, bientôt un non-événement ?
  • La contrainte des quotas comme moteur du changement
  • La diversité, priorité ou sujet secondaire ?
  • Absence de mixité = danger ?
  • Jusqu’à quel âge peut-on évoluer ?
  • Gagner plus ou aimer son travail ?
  • Laïcité, complément d’objet direct de la Diversité ?
  • Parité encore un effort : 12% de femmes sur 135 nominations et 17% de femmes à Davos
  • Associer évaluation collective et performance individuelle

Isotélie, cabinet de conseil, expert en égalité professionnelle entre les femmes et les hommes depuis 2003.

nuage des A E I O

3 pays, 3 époques, une même difficulté à admettre l’égalité …

…entre les femmes et les hommes. En Inde aujourd’hui, deux femmes sont condamnées pour un acte de leur frère. En France au 18ème siècle, des Lumières qui n’éclairent qu’une moitié du monde. Dans la Grèce antique, une démocratie qui ne concerne que quelques hommes.

En cette rentrée, j’avais prévu de vous parler de la dernière enquête insertion de la Conférence des Grandes Ecoles. Parue en juin, elle souligne à nouveau les différences d’accès à l’emploi et de rémunération des femmes et des hommes dès leur 1er emploi

Elle est disponible là

http://www.cge.asso.fr/document/liste/262/insertion

Ou encore des Entretiens Enseignants Entreprises, les 25 et 26 août, consacrés cette année au Travail demain, et lancés en 2003 par l’Institut de l’Entreprise

Des comptes rendus en seront disponibles ici http://www.eee2015.fr/ ou là http://www.melchior.fr/

J’y reviendrai une autre fois. L’actualité me fait prendre le risque de mélanger 3 époques et 3 pays.

Leur point commun est une différence de traitement fondamentale entre les femmes et les hommes. Et que cette inégalité provient de croyances, de mentalités, d’une construction sociale. Et peut encore aujourd’hui être pour nous source de débats, d’échanges, de réflexion. Réfléchir ensemble, la devise de ce blog.

People holding hands on the world map

En Inde aujourd’hui : voir votre presse habituelle. Par exemple

http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Petition-contre-une-condamnation-au-viol-en-Inde-2015-08-31-1350427

France au siècle des Lumières : voir par exemple la série d’été de Michel Onfray dans Le Point sur les femmes de la Révolution Française. Le suffrage dit universel ne concernait que les hommes. Cf http://www.lepoint.fr/video/michel-onfray-les-femmes-de-la-revolution-francaise-6-15-07-2015-1948687_738.php

Grèce antique : les événements de cet été ont permis de rappeler que ce pays est souvent appelé « le berceau de la démocratie » mais que cette démocratie n’était que partielle et ne concernait ni les femmes, ni les étrangers, ni les esclaves.

Pour mémoire, Isotélie signifie «égale contribution » et correspond à l’impôt que payaient les étrangers pour leur donner les mêmes droits et devoirs que les citoyens athéniens.