Légitimité ?

Cela veut dire quoi « être légitime » pour défendre une cause ? Ne faut-il pas renverser la question et se demander si c’est la cause qui doit être légitime et non pas la personne qui la défend ?

« en tant qu’homme « non racisé », je ne suis pas légitime pour m’exprimer sur le racisme et le féminisme ». Cette réflexion d’un lycéen de 16 ans relevée par La Croix de ce  12 juin pose une vraie question.

Cela fait écho aux échanges entendus lors des formations que j’ai animées sur la prévention des discriminations, la diversité et l’égalité.

  • Peut-on « comprendre » ou « accompagner » le handicap si l’on ne le subit pas soi-même ?
  • Et pourquoi depuis plus de 10 ans essaie-ton d’embarquer les hommes dans les mouvements d’égalité entre les femmes et les hommes ?
  • Ou encore faut-il être senior pour défendre ce groupe d’âge ?

Etc…

Nos lois accumulent les critères potentiels de discrimination : âge, sexe, origine, handicap, état de santé, opinions politiques, activités syndicales, croyances religieuses, orientation sexuelle, apparence physique,…etc…. ; chacun peut se trouver ainsi « discriminé » selon un ou plusieurs critères. Mais chacun est aussi « discriminant »…même si c’est plus difficile à accepter…

Si l’on s’éloigne de la discrimination pour évoquer les domaines social, économique et politique : cela voudrait dire qu’un intellectuel comme Jean-Paul Sartre n’était pas légitime à défendre la cause ouvrière… ce que certains lui ont dit sans doute à l’époque…

Cette pente de la question de la légitimité me semble dangereuse ; elle nie toute possibilité d’empathie entre deux êtres humains par définion différents ; ou le droit à agir pour défendre une cause indépendamment de sa situation personnelle.

C’est la cause qui est légitime, pas la personne qui la défend.

En illustration, quelques logos de la charte de la diversité dans différents pays européens.

Et vous, travaillez-vous dans un univers mixte ?

Retour au gynécée… ou comment mon univers professionnel a basculé d’un monde d’hommes à un monde de femmes.

D’accord, j’ai fait fort pour commencer : 27 filles sur un campus de 800 étudiants en 1976.

Puis un monde professionnel, l’informatique à la fin des années 70, où les femmes présentes étaient majoritairement des secrétaires ; parmi les ingénieures technico-commerciales et commerciales, les femmes représentaient environ 10% des effectifs. Lente progression pour arriver au début des années 2000 à 30% environ.

En créant Isotélie en 2003, je bascule – sans le savoir – dans un monde de femmes : consœurs consultantes en égalité professionnelle, interlocutrices des ressources humaines chez mes clients entreprises, associations ou collectivités territoriales, partenaires formatrices et coachs, scientifiques auxquelles je me réfère – sociologues, historiennes, etc… spécialistes des études de genre… A quelques rares exceptions près, que des femmes.

Et cette expérience éternellement renouvelée ; lorsque dans des rencontres professionnelles je dis ce que je fais, à savoir de l’« égalité professionnelle entre les femmes et les hommes » :

  • les femmes me répondent systématiquement, et sans plus d’explications de ma part, « vous devez avoir beaucoup de travail ! »
  • et les hommes me regardent d’un air dubitatif ou interrogateur : visiblement ils ne comprennent pas de quoi je parle, voire semblent gênés, comme si j’avais prononcé des paroles osées.

Cela ne devrait pas m’étonner : les dernières statistiques montrent qu’un sixième seulement de la population active exerce un métier mixte en France. Les autres sont dans des métiers exercés à très grande majorité par des femmes ou à l’inverse par des hommes.

Diverse People Social Networking and Empty Speech Bubbles

Et vous, travaillez-vous dans un univers mixte ?

Satisfaction de voir confirmé son savoir par une étude scientifique

10 ans de travail sur l’égalité professionnelle, 36 ans de vie active…de quoi accumuler savoir, expériences et témoignages sur la réalité des stéréotypes sur les femmes et les hommes et leur impact sur les comportements.

Un des mérites pour moi de cette étude réalisée par IMS et que Patrick Scharnitzky a accompagnée scientifiquement, est de voir confirmé ce savoir accumulé.

Quelques exemples.

Les hommes sous-estiment les discriminations subies par les femmes, les femmes les perçoivent et… ne changent pas pour autant leur propre comportement, en particulier le manque de confiance en soi et l’autocensure.

Tous manquent de modèles positifs, nombreux et variés, de femmes dirigeantes : l’image de celles-ci est encore souvent négative et « stéréotypée », contribuant ainsi au statu quo.

Annie Ducellier