Un livre pour enfants qui fait (aussi) réfléchir….

Je connaissais le talent de Julie Cazalas comme comédienne (*), je la découvre en auteure pour enfants. Délicieusement illustré par Vincent Bourgeau, son livre s’intitule « le monde entier est nul ». On peut le raconter, comme toutes les histoires. On peut aussi l’utiliser comme point de départ d’une discussion sur l’amitié, les copains, l’amour, le cafard, l’espoir…

(*) nous avons ensemble parcouru la France pour sensibiliser à la prévention du stress, de la discrimination et des risques psycho-sociaux. La justesse de jeu de Julie dans des scènes tirées de la vie réelle contribuait à faciliter les échanges avec et entre les participants. Merci à Decommedia de nous avoir réunies dans ces projets.

Titre Le monde entier est nul

Auteurs Julie Cazalas-Caïe et Vincent Bourgeau

Editions Seuil Jeunesse – Paris juin 2019

Non, ce n’est pas un « fou » : mieux comprendre le fanatisme pour mieux le contrer.

L’actualité réactive hélas notre besoin de comprendre : pourquoi de tels passages à l’acte violent, que ce soit le terrorisme islamiste, les fusillades dans les établissements scolaires aux Etats-Unis, les assassinats antisémites, etc…

Un livre récent de Gérald Bronner apporte quelques réponses à ces questions : les extrémistes sont-ils des fous ? Comment devient-on extrémiste ?

A lire de toute urgence !

Gérald BRONNER.La pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques. Editions puf 2009 (réédition actualisée en 2016)

Précisions

  • Impossible de résumer ici ces 365 pages, la démarche intellectuelle utilisée ici est claire et nécessite d’être suivie pas à pas.
  • Je n’ai aucun lien financier ou autre avec Gérald Bronner, je trouve ses livres et ses éditoriaux pertinents et le fais savoir.

L’esprit critique sans méthode peut conduire à la crédulité

Parmi les nombreuses réflexions apportées par Gérald Bronner dans son livre « la démocratie des crédules » j’ai retenu la phrase mise en titre de ce billet (*).

Le « droit au doute » apporté par la science s’accompagne d’un « devoir », celui d’une méthode. C’est un moyen pour lutter contre le relativisme ambiant qui pourrait amener à penser que « tout se vaut », le vrai comme le faux, la croyance au même niveau que la connaissance.

La croissance exponentielle de ce qui se diffuse – à défaut de le qualifier d’information (cf prochain article sur ce thème) – accélère ce relativisme, un risque pour la démocratie.

Illustré d’abondants exemples, ce livre permet de mieux comprendre ce qui se joue dans notre monde. Paru en 2013 et mis à jour pour la 8ème édition en 2017, une lecture indispensable à l’humaniste d’aujourd’hui.

 

(*) La phrase complète – page 296

« Tous les efforts d’éducation que les sociétés démocratiques ont consentis paraissent avoir oublié un enjeu essentiel de la connaissance : l’esprit critique, s’il s’exerce sans méthode, conduit facilement à la crédulité. Le doute a des vertus heuristiques, c’est vrai, mais il peut aussi conduire, plutôt qu’à l’autonomie mentale, au nihilisme cognitif »

Economie du bien commun, une lecture indispensable

Ethique, économie numérique, défi climatique, chômage et emploi, croyances et comportements, consommation, rôle de l’Etat, Europe, finance, politique industrielle, innovation, propriété intellectuelle, marché, concurrence, gouvernance, responsabilité, recherche en économie sont quelques-uns des sujets abordés dans ce livre. Dans chacun des 17 chapitres – que l’on peut lire indépendamment et dans le désordre – Jean Tirole indique des références d’articles plus complets étayant les explications et leurs conclusions.

La notion de bien commun qui donne son titre au livre fait réfléchir, de même que les phénomènes de voile d’ignorance, d’asymétries d’information ou les plates-formes bifaces.

La psychologie des individus et des groupes, les erreurs de raisonnement courantes, les stéréotypes donnent lieu à d’intéressantes réflexions sur notre rationalité mise à mal au quotidien.

Paru en mai 2016 et déjà réédité plus de 9 fois, à lire de toute urgence pour mieux comprendre le monde d’aujourd’hui.

Economie du bien commun – Jean Tirole – éditions puf – 2016

 

Comment faire pour que femmes (et hommes) puissent « tout » avoir ?

Proposer des solutions est plus difficile qu’analyser une situation. Anne-Marie Slaughter n’échappe pas à cette difficulté. De plus, une partie des pistes proposées ne vaut que pour les Etats-Unis, dans lesquels les congés maternité payés ne sont pas généralisés, ni notre système d’école maternelle gratuite ni d’autres dispositifs en faveur des familles.

Des éléments de cette réflexion restent utiles : par exemple profiter des possibilités des NTIC et des nouveaux modes de contractualisation pour inventer d’autres modes de travail et de conciliation. Anne Marie-Slaughter évoque une continuité de vie versus une fragmentation famille / travail ou « caregiver / breadwinner ». Elle propose aussi des parcours de carrière (plus longue) moins homogènes, avec des phases de fort investissement professionnel et des phases dans lesquelles le travail n’est qu’une part plus relative, voire nulle, de notre vie.

Comme d’autres avant elle, elle suggère également aux femmes de « lâcher prise » sur l’éducation des enfants et l’intendance domestique en autorisant leurs compagnons non pas à « les aider » mais à prendre totalement en charge « à leur manière », en leur supposant autant de compétences en ce domaine qu’à elles-mêmes.

Néanmoins, ces nouvelles modalités de travail ne sont pas ouvertes à tous : nous retrouvons la fracture du temps et du lieu déjà évoquée ici entre ceux qui peuvent travailler n’importe où et n’importe quand et ceux qui sont tenus, de par interaction avec des personnes – hôpital, restaurant, etc… – ou des machines – lieux de production – de travailler dans des lieux (et des horaires) fixes. C’est sans doute ce défi qui reste à relever.

Nous avons commencé une étude sur la proportion de métiers, ainsi que de femmes et d’hommes, concernés par cette obligation de temps et de lieu : toute information sur le sujet, source documentaire ou autre, est la bienvenue. Ecrivez à contact@isotelie.com.

Family and money

famille – travail – caregiver – breadwinner

Source : livre “Unfinished Business: Work, Family, Women, Men” Anne-Marie Slaughter – Random House New York 2015

Pourquoi les femmes ne peuvent-elles toujours pas « tout » avoir ?

« Unfinished Business » : un livre qu’Anne-Marie Slaughter a publié en 2015 sur le travail, la famille, les femmes, les hommes, faisant suite aux très nombreuses réactions suscitées par un article qu’elle avait écrit en 2012 dans The Atlantic et intitulé « Why Women Still Can’t Have It All ».

Anne-Marie Slaughter n’est pas très connue en France. Elle dirige actuellement une Fondation appelée « New America » après avoir été professeur à Princeton, Chicago et Harvard. Sa spécialité est le droit international. L’idée de l’article puis du livre lui est venue d’après son expérience : après 2 ans dans un poste auprès du Secrétariat d’Etat tenu par Hillary Clinton en 2009, elle a quitté  Washington à cause de ses enfants, restés à Princeton avec son mari.

Dans une 1ère partie, elle développe 3 « demi-vérités » concernant les femmes :

  1. Vous pouvez tout avoir si vous êtes suffisamment engagée professionnellement
  2. Vous pouvez tout avoir si vous choisissez le bon compagnon
  3. Vous pouvez tout avoir si vous planifiez les choses dans le bon ordre

Pour finir par transformer la phrase en « vous pouvez tout avoir… mais pas au même moment »

Puis 3 autres concernant les hommes :

  1. Les hommes non plus ne peuvent pas tout avoir
  2. Les enfants ont besoin de leur mère (sous-entendu « encore plus » besoin) – la fameuse « caregiver »
  3. Le rôle de l’homme est de pourvoir aux besoins (de sa famille) – le fameux « breadwinner »

Dans une 2ème partie, elle compare le monde des affaires et le domaine de la famille : « competition » versus « care » avec des questions comme « gérer et produire de l’argent est-il réellement plus compliqué que d’élever des enfants ? ». Et le cercle vicieux des professions du « care » : sous-valorisées parce qu’exercées par des femmes ou exercées par des femmes car sous-valorisées ?

Elle prend en compte également l’hétérogénéité – soulevée aussi dans nos débats français – de la situation des femmes : entre les plus diplômées qui luttent contre le plafond de verre et tentent de concilier carrière et vie familiale d’une part ; et les peu qualifiées, parfois seules à élever leurs enfants, qui se débattent dans une précarité tout autre, et dont les emplois demandent souvent une autre forme de flexibilité contrainte (horaires décalés, temps partiel subi).

Dans un prochain article, les pistes de réflexion et de solution qu’elle suggère.

Anne-Marie Slaughter Unfinished Business

Unfinished Business par Anne-Marie Slaughter – Random House Editions – New York – 2015

Comment faire lire mon fils ?

Sur le stand de Lire et faire lire au forum de rentrée à Villejuif ce samedi, une demande récurrente des parents : mon fils ne lit pas, que faire ?

Les statistiques sont là : les femmes lisent (beaucoup) plus que les hommes. Comme les enfants imitent le monde des adultes, les filles lisent plus que les garçons. Et elles sont plus attirées par les livres…dès la petite enfance, à la crèche !

En Grande Bretagne aussi, comme le dit cette étude de 2012 :            […] L’étude met en cause également l’absence de figures masculines pour promouvoir la lecture. La commission recommande d’encourager les pères à faire aimer la lecture à leurs fils. […]

Extrait de cet article : http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20120703.OBS5902/pourquoi-les-garcons-lisent-ils-moins-que-les-filles.html

La commission anglaise pour que les garçons lisent : http://www.literacytrust.org.uk/policy/boys_reading_commission

Quelques idées en vrac – on peut lire

  • avec ses enfants bien au-delà de l’âge où ils savent lire seuls…..et même jusqu’en classe de 3ème.
  • en même temps à des enfants d’âge différents, les plus grands faisant découvrir aux plus petits leurs histoires d’enfance préférées
  • à haute voix, chacun à tour de rôle une page, un paragraphe ou un personnage
  • tout : une recette de cuisine, un article de journal sur un sujet qui passionne, du théâtre, une bande dessinée.

Si vous avez plus de 50 ans et souhaitez faire partager votre plaisir de la lecture à des enfants, vous pouvez donner de votre temps par exemple par l’intermédiaire de l’association lire et faire lire www.lireetfairelire.org

Les statistiques de pratique de la lecture par sexe et âge en 2012 sur le site d l’INSEE

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=NATCCF05410&reg_id=0

55% des hommes n’ont lu aucun livre dans les 6 derniers mois contre 33% des femmes

(pour les 16-24 ans : 54% des garçons contre 27% des filles)

11% des femmes ont lu entre 1 et 2 livres par mois contre 6% des hommes

Et toujours d’actualité, le livre de Daniel Pennac, « Comme un roman », paru en 1992, et ses droits imprescriptibles du lecteur.

Daniel Pennac comme un roman