Femmes invisibles ou le biais des données par Caroline Criado Perez

Ce livre sous-titré « démontrer le biais de données issues d’un monde conçu pour les hommes » permet un rappel toujours utile sur l’importance de séparer les données concernant les femmes et les hommes dans de nombreux domaines : médecine, architecture, urbanisme et transports, vie professionnelle, objets de la vie courante,…

Trop de décisions sont encore prises en référence, consciente ou non, à un humain « type » – en général un homme blanc, jeune, de taille et de corpulence moyenne et en bonne santé…– c’est-à-dire une toute petite partie de l’humanité. Les conséquences en sont parfois graves quand il s’agit de maladie ou d’accident (voir les chapitres sur les essais pharmaceutiques, les priorités dans le déneigement d’une ville ou lors de reconstructions après catastrophes, ou les mannequins des crash-tests des automobiles).

Les données ont pris encore plus d’importance avec le développement de l’intelligence artificielle et de l’économie numérique : trop d’algorithmes reposent sur des présupposés ne prenant pas assez en compte la diversité de l’humanité, et en particulier certaines différences entre femmes et hommes.

Caroline Criado Perez cite de nombreux exemples. Ils sont déjà bien connus de celles (et ceux) qui travaillent sur la question du genre depuis longtemps. Espérons qu’ils contribueront à convaincre d’autres décideurs.

On peut regretter que sur ce sujet il semble que chaque génération doive redécouvrir ce que les précédentes ont déjà mis en lumière – Caroline est née en 1984.

 

  • Le parking pour femmes enceintes, qu’elle réclame chez Google, figure déjà dans des accords d’entreprise – comme celui de Renault du 17 février 2004 : « Des places de parking réservées aux femmes enceintes, dont la grossesse est déclarée, sont mises en place sur chaque site de l’entreprise à proximité des lieux d’entrée et de sortie »
  • Les équipements de travail inadaptés à l’autre sexe. Caroline dénonce à juste titre l’absence d’équipements adaptés à la morphologie féminine dans certains métiers. En 2005 dans mon livre, je dénonçais qu’à l’opposé, les outils du nettoyage et du repassage ne soient pas adaptés à la taille des hommes : essayer de repasser sans vous faire mal au dos quand vous mesurez 1,80 m ou plus…sans parler des manches de balais ou d’aspirateurs… Que de moqueries j’ai dû affronter : et pourtant, ce sont encore des métiers exercés majoritairement par des femmes et le matériel n’a pas changé !
  • J’ai bien aimé le passage sur les pianistes : certains morceaux ont été écrits par des musiciens aux grandes mains. Christopher Donison a imaginé un clavier réduit aux 7/8 pour pouvoir les jouer.

 

Le livre

« Invisible Women – exposing data bias in a world designed for men » Caroline Criado Perez. Editions Chatto & Windus  London 2019.

Non traduit en français à ce jour. Les exemples du livre proviennent du monde entier mais surtout des Etats-Unis et du Royaume-Uni, tout en s’appliquant à d’autres pays dont la France.

« Sobriété numérique, les clés pour agir »

Enfin un livre avec des explications claires et des actions concrètes !

En effet, si tout le monde parle des changements climatiques et du réchauffement, la confusion règne habituellement dès qu’il s’agit de comprendre et ensuite d’agir.

Un grand merci donc à Frédéric Bordage pour ce livre court et bien fait.

Ses 4 principales recommandations, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu :

  1. Allongez la durée de vie de vos appareils
  2. Eteignez votre box et le boîtier TV
  3. Limitez l’usage du « cloud », surtout en 4G
  4. Regardez la télévision via la TNT et évitez l’ADSL

 

P.S.1

Je ne suis pas 100% d’accord avec certaines positions de l’auteur sur l’économie et la politique, mais c’est marginal par rapport à tout ce qu’il apporte de positif.

P.S.2

L’ai-je apprécié parce que je peux me délivrer un brevet de sobriété numérique, puisque je respecte ses 4 recommandations ? Cesser de me faire moquer quand je coupe l’électricité chaque soir de mes branchements TV et ADSL ? Ou parce qu’en 40 ans je n’en suis qu’à mon 3ème poste de télévision ? Et que je regrette qu’il n’y ait plus de lecteur de CD de musique dans les nouvelles voitures ?

Auteur : Frédéric Bordage. Préface d’Isabelle Autissier

Titre : Sobriété numérique. Les clés pour agir.

Editeur : Buchet Chastel. La Verte. Paris. 2019

 

 

« J’avance comme un âne… »

C’est le titre d’un livre de Roger Etchegaray, ancien archevêque de Marseille, qui vient de mourir il y a quelques jours.

Je publie cet article à sa mémoire.

Le livre est paru en 1984.

Son titre m’avait attirée : l’âne n’est pas toujours vu comme un animal auquel on aime se comparer.

Je n’ai pas été déçue et on réfléchit beaucoup à la lecture de ces courts textes – une page le plus souvent ; il avait anticipé sur notre difficulté actuelle à lire plus…

Extrait de l’introduction : […] il est difficile aujourd’hui de se faire entendre, de se faire lire, à l’heure des flashs et des gros titres […] scrupule à user d’un vocabulaire réduit sans être réducteur […].

C’est toujours vrai….

 

P.S. 1 j’écris moins souvent ici…mais vous pouvez me retrouver dans LinkedIn où je commente souvent des articles de La Croix ou des Echos qui m’ont intéressée.

 

P.S. 2 je ne paie plus WordPress pour supprimer la publicité de ce blog. Je suis d’accord que le « gratuit » a un « prix », j’espère que celle-ci ne vous gênera pas trop.

 

Un livre pour enfants qui fait (aussi) réfléchir….

Je connaissais le talent de Julie Cazalas comme comédienne (*), je la découvre en auteure pour enfants. Délicieusement illustré par Vincent Bourgeau, son livre s’intitule « le monde entier est nul ». On peut le raconter, comme toutes les histoires. On peut aussi l’utiliser comme point de départ d’une discussion sur l’amitié, les copains, l’amour, le cafard, l’espoir…

(*) nous avons ensemble parcouru la France pour sensibiliser à la prévention du stress, de la discrimination et des risques psycho-sociaux. La justesse de jeu de Julie dans des scènes tirées de la vie réelle contribuait à faciliter les échanges avec et entre les participants. Merci à Decommedia de nous avoir réunies dans ces projets.

Titre Le monde entier est nul

Auteurs Julie Cazalas-Caïe et Vincent Bourgeau

Editions Seuil Jeunesse – Paris juin 2019

Non, ce n’est pas un « fou » : mieux comprendre le fanatisme pour mieux le contrer.

L’actualité réactive hélas notre besoin de comprendre : pourquoi de tels passages à l’acte violent, que ce soit le terrorisme islamiste, les fusillades dans les établissements scolaires aux Etats-Unis, les assassinats antisémites, etc…

Un livre récent de Gérald Bronner apporte quelques réponses à ces questions : les extrémistes sont-ils des fous ? Comment devient-on extrémiste ?

A lire de toute urgence !

Gérald BRONNER.La pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques. Editions puf 2009 (réédition actualisée en 2016)

Précisions

  • Impossible de résumer ici ces 365 pages, la démarche intellectuelle utilisée ici est claire et nécessite d’être suivie pas à pas.
  • Je n’ai aucun lien financier ou autre avec Gérald Bronner, je trouve ses livres et ses éditoriaux pertinents et le fais savoir.

L’esprit critique sans méthode peut conduire à la crédulité

Parmi les nombreuses réflexions apportées par Gérald Bronner dans son livre « la démocratie des crédules » j’ai retenu la phrase mise en titre de ce billet (*).

Le « droit au doute » apporté par la science s’accompagne d’un « devoir », celui d’une méthode. C’est un moyen pour lutter contre le relativisme ambiant qui pourrait amener à penser que « tout se vaut », le vrai comme le faux, la croyance au même niveau que la connaissance.

La croissance exponentielle de ce qui se diffuse – à défaut de le qualifier d’information (cf prochain article sur ce thème) – accélère ce relativisme, un risque pour la démocratie.

Illustré d’abondants exemples, ce livre permet de mieux comprendre ce qui se joue dans notre monde. Paru en 2013 et mis à jour pour la 8ème édition en 2017, une lecture indispensable à l’humaniste d’aujourd’hui.

 

(*) La phrase complète – page 296

« Tous les efforts d’éducation que les sociétés démocratiques ont consentis paraissent avoir oublié un enjeu essentiel de la connaissance : l’esprit critique, s’il s’exerce sans méthode, conduit facilement à la crédulité. Le doute a des vertus heuristiques, c’est vrai, mais il peut aussi conduire, plutôt qu’à l’autonomie mentale, au nihilisme cognitif »

Economie du bien commun, une lecture indispensable

Ethique, économie numérique, défi climatique, chômage et emploi, croyances et comportements, consommation, rôle de l’Etat, Europe, finance, politique industrielle, innovation, propriété intellectuelle, marché, concurrence, gouvernance, responsabilité, recherche en économie sont quelques-uns des sujets abordés dans ce livre. Dans chacun des 17 chapitres – que l’on peut lire indépendamment et dans le désordre – Jean Tirole indique des références d’articles plus complets étayant les explications et leurs conclusions.

La notion de bien commun qui donne son titre au livre fait réfléchir, de même que les phénomènes de voile d’ignorance, d’asymétries d’information ou les plates-formes bifaces.

La psychologie des individus et des groupes, les erreurs de raisonnement courantes, les stéréotypes donnent lieu à d’intéressantes réflexions sur notre rationalité mise à mal au quotidien.

Paru en mai 2016 et déjà réédité plus de 9 fois, à lire de toute urgence pour mieux comprendre le monde d’aujourd’hui.

Economie du bien commun – Jean Tirole – éditions puf – 2016