Sourire des yeux

C’était au printemps dans le TGV Paris-Angers. J’étais assise dans un « carré » et en face de moi s’est installé un jeune couple avec un bébé de…3 ou 4 mois peut-être ? Nous, les adultes, étions tous masqués. Pour le distraire et comme il semblait bien éveillé, le père avait posé le bébé allongé dans une couverture sur la table. Le bébé tournait la tête et regardait autour de lui. Nos regards se sont croisés. Derrière mon masque, je lui ai souri. Et en retour il m’a souri aussi, comme savent le faire les bébés. Le sourire de mes yeux lui avait suffi.

Le coup de fil pour rien…

En 1998 un client m’a demandé une formation de management à distance. Nous n’avions rien au catalogue et j’ai donc développé un 1er module que j’ai complété avec le temps.

En retour d’expérience, la pratique professionnelle rencontrant le plus de succès auprès des participants était ce que j’ai appelé « le coup de fil pour rien ».

Je m’explique.

Quand vous êtes manager d’une équipe située à proximité immédiate, vous avez plusieurs fois par jour l’occasion de croiser cos collaborateurs : vous pouvez leur demander si tout va bien sans être intrusif ou inquisiteur, votre porte est ouverte, bref eux et vous ont des occasions d’échanger de manière fluide.

Quand vous managez des collaborateurs qui sont chez eux, vous avez tendance à les appeler « pour quelque chose » : une réunion, une information dont vous avez besoin ou que vous leur relayez.

Les appeler « pour rien », c’est juste dire bonjour, prendre des nouvelles, redire que vous êtes là si besoin, sans être dans le contrôle.

Cela peut leur paraitre bizarre au début.

Cela se révèle précieux si vous tenez dans la durée – à vous de juger du rythme de ces appels.

Et qui devriez-vous appeler en 1er ? Pour une fois, ceux qui font bien leur travail, qui ne vous appellent jamais, qui ne vous posent pas de problème…car c’est peut-être pour eux que ce sera le plus utile !

Femmes invisibles ou le biais des données par Caroline Criado Perez

Ce livre sous-titré « démontrer le biais de données issues d’un monde conçu pour les hommes » permet un rappel toujours utile sur l’importance de séparer les données concernant les femmes et les hommes dans de nombreux domaines : médecine, architecture, urbanisme et transports, vie professionnelle, objets de la vie courante,…

Trop de décisions sont encore prises en référence, consciente ou non, à un humain « type » – en général un homme blanc, jeune, de taille et de corpulence moyenne et en bonne santé…– c’est-à-dire une toute petite partie de l’humanité. Les conséquences en sont parfois graves quand il s’agit de maladie ou d’accident (voir les chapitres sur les essais pharmaceutiques, les priorités dans le déneigement d’une ville ou lors de reconstructions après catastrophes, ou les mannequins des crash-tests des automobiles).

Les données ont pris encore plus d’importance avec le développement de l’intelligence artificielle et de l’économie numérique : trop d’algorithmes reposent sur des présupposés ne prenant pas assez en compte la diversité de l’humanité, et en particulier certaines différences entre femmes et hommes.

Caroline Criado Perez cite de nombreux exemples. Ils sont déjà bien connus de celles (et ceux) qui travaillent sur la question du genre depuis longtemps. Espérons qu’ils contribueront à convaincre d’autres décideurs.

On peut regretter que sur ce sujet il semble que chaque génération doive redécouvrir ce que les précédentes ont déjà mis en lumière – Caroline est née en 1984.

 

  • Le parking pour femmes enceintes, qu’elle réclame chez Google, figure déjà dans des accords d’entreprise – comme celui de Renault du 17 février 2004 : « Des places de parking réservées aux femmes enceintes, dont la grossesse est déclarée, sont mises en place sur chaque site de l’entreprise à proximité des lieux d’entrée et de sortie »
  • Les équipements de travail inadaptés à l’autre sexe. Caroline dénonce à juste titre l’absence d’équipements adaptés à la morphologie féminine dans certains métiers. En 2005 dans mon livre, je dénonçais qu’à l’opposé, les outils du nettoyage et du repassage ne soient pas adaptés à la taille des hommes : essayer de repasser sans vous faire mal au dos quand vous mesurez 1,80 m ou plus…sans parler des manches de balais ou d’aspirateurs… Que de moqueries j’ai dû affronter : et pourtant, ce sont encore des métiers exercés majoritairement par des femmes et le matériel n’a pas changé !
  • J’ai bien aimé le passage sur les pianistes : certains morceaux ont été écrits par des musiciens aux grandes mains. Christopher Donison a imaginé un clavier réduit aux 7/8 pour pouvoir les jouer.

 

Le livre

« Invisible Women – exposing data bias in a world designed for men » Caroline Criado Perez. Editions Chatto & Windus  London 2019.

Non traduit en français à ce jour. Les exemples du livre proviennent du monde entier mais surtout des Etats-Unis et du Royaume-Uni, tout en s’appliquant à d’autres pays dont la France.

Changer de méthode pour lutter contre les discriminations au travail ?

Tristesse de constater qu’on en est encore à des rapports et des demandes de mesures de la discrimination avec cette nouvelle note du Conseil d’Analyse Economique parue en juin dernier et commentée dans la presse (par exemple la Croix et les Echos du 1er juillet).

http://www.cae-eco.fr/Lutter-contre-les-discriminations-sur-le-marche-du-travail-513

N’a-t-on pas fait du chemin depuis (et sans remonter au siècle dernier)

  • La loi Génisson de 2001 sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes
  • La loi de 2001 sur les discriminations et la création de la Halde, devenue Défenseur Des Droits dont la nouvelle titulaire est Claire Hédon (https://www.defenseurdesdroits.fr/ )
  • Le rapport Bébéar des entreprises aux couleurs de la France en 2004 puis la création de la charte de la diversité (4 000 organisations signataires à ce jour https://www.charte-diversite.com/)
  • La loi sur le handicap de 2005
  • Les plans seniors de 2008
  • etc… vous pouvez compléter…

Quand j’ai fermé le cabinet Isotélie début 2019, plus d’une centaine de structures de conseil s’étaient créées sur cette thématique, l’AFMD (https://www.afmd.fr/ ) avait pris son envol – 133 organisations adhérentes aujourd’hui.

A noter que les fonctions publiques ne sont pas non plus exemplaires, s’étant longtemps cru à l’abri de la discrimination grâce aux concours et au statut.

Peut-être faudrait-il changer de méthode et dire tout ce qui va bien ou ce qui va mieux ?

D’autres idées ?

 

 

 

Légitimité ?

Cela veut dire quoi « être légitime » pour défendre une cause ? Ne faut-il pas renverser la question et se demander si c’est la cause qui doit être légitime et non pas la personne qui la défend ?

« en tant qu’homme « non racisé », je ne suis pas légitime pour m’exprimer sur le racisme et le féminisme ». Cette réflexion d’un lycéen de 16 ans relevée par La Croix de ce  12 juin pose une vraie question.

Cela fait écho aux échanges entendus lors des formations que j’ai animées sur la prévention des discriminations, la diversité et l’égalité.

  • Peut-on « comprendre » ou « accompagner » le handicap si l’on ne le subit pas soi-même ?
  • Et pourquoi depuis plus de 10 ans essaie-ton d’embarquer les hommes dans les mouvements d’égalité entre les femmes et les hommes ?
  • Ou encore faut-il être senior pour défendre ce groupe d’âge ?

Etc…

Nos lois accumulent les critères potentiels de discrimination : âge, sexe, origine, handicap, état de santé, opinions politiques, activités syndicales, croyances religieuses, orientation sexuelle, apparence physique,…etc…. ; chacun peut se trouver ainsi « discriminé » selon un ou plusieurs critères. Mais chacun est aussi « discriminant »…même si c’est plus difficile à accepter…

Si l’on s’éloigne de la discrimination pour évoquer les domaines social, économique et politique : cela voudrait dire qu’un intellectuel comme Jean-Paul Sartre n’était pas légitime à défendre la cause ouvrière… ce que certains lui ont dit sans doute à l’époque…

Cette pente de la question de la légitimité me semble dangereuse ; elle nie toute possibilité d’empathie entre deux êtres humains par définion différents ; ou le droit à agir pour défendre une cause indépendamment de sa situation personnelle.

C’est la cause qui est légitime, pas la personne qui la défend.

En illustration, quelques logos de la charte de la diversité dans différents pays européens.

Fêter l’Europe, plus que jamais indispensable

Le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, est passé un peu inaperçu en pleine crise sanitaire. Ne manquons pas de fêter l’Europe, plus que jamais indispensable dans ce qui devient une crise sociale et économique ; en espérant que nous ne la laisserons pas devenir une crise politique. Ces 3 femmes, Christine Lagarde, Angela Merkel et Ursula Van der Leyen vont jouer un rôle important pour la résoudre et leurs compétences nous sont précieuses.

Mêlant 8 mars et 9 mai, clin d’œil pour observer la mise en valeur récente de plusieurs autres femmes politiques : Jacinda Ardern 1ère Ministre Néo-zélandaise, Sophie Wilmès 1ère Ministre Belge, Sanna Marin 1ère Ministre Finlandaise. Et à l’inverse, plein de pays emportés à la dérive par leurs dirigeants masculins : Venezuela, Brésil, Turquie, Russie, Chine, Etats-Unis, Hongrie, Pologne, ….

Les hommes n’ont pas le monopole de la tentation dictatoriale mais il me semble que dans la période récente les quelques femmes ayant abusé du pouvoir, par exemple en Amérique du Sud, en Afrique ou en Asie, étaient souvent des femmes ou des filles de…. : à confirmer par les historiens.

Olivier Matthys/AP/Sipa Les Echos 20 avril 2020

2 actifs sur 3 travaillent durant le confinement

Evidemment il y a les soignants dont on parle abondamment, à juste titre.

Puis on a parlé de ceux qui font tourner le minimum vital : agriculture, distribution (alimentation et aussi eau, gaz, électricité, télécommunications), police, nettoyage, transports, logistique, postiers, etc…et tout de même un peu d’industrie de production, de dépannage, d’informatique,… Cela représente 1 actif sur 3 (34% selon Fondation Jean Jaurès- Ipsos cité par Le Point du 9 avril).

Un autre tiers (30%) travaille à distance : enseignants et plein d’autres professions dans de nombreux secteurs– administration, commercial, informatique, journalisme, etc…Même si au fil des semaines, ce travail là n’est plus toujours possible par manque de clients, de projets…

Le dernier tiers (36%) est hélas soit en congé ou arrêt maladie (15%) – souvent pour garder leurs enfants – soit au chômage (21%) réel ou technique. Et ce tiers grandit avec la durée de la crise.

Certes, sont aussi confinés toute la population habituellement dite non-active : étudiants, retraités (les EHPAD accueillent plutôt les plus de 85 ans) et autres.

Du coup, nous devrions être plus prudents quand nous parlons des uns ou des autres. Chaque personne vit évidemment autrement des situations aussi différentes.

Différents et égaux